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Dix erreurs d’affichage au rayon marée et leur coût réel
Les manquements relevés à l’étal sont presque toujours les mêmes, et ils tiennent rarement à la mauvaise foi. Une sous zone oubliée, un nom recopié d’hier, une mention de décongélation qui saute: voici les dix fautes les plus fréquentes, ce qu’elles déclenchent et comment les rendre impossibles dès la saisie de l’arrivage.
Au rayon marée, l’information obligatoire ne se limite pas au prix. Le règlement (UE) n° 1379/2013, article 35, impose à l’étal la dénomination commerciale autorisée, le nom scientifique, la méthode de production, la zone et sous zone FAO pour l’Atlantique Nord Est quand la France l’exige, l’engin de pêche, et la mention produit décongelé si le cas se présente. S’y ajoutent les exigences nationales sur la liste des dénominations autorisées et la présentation du prix.
Les manquements relevés par la DGCCRF sur un étal traditionnel sont récurrents. Ils apparaissent à la saisie d’arrivage, aux changements d’équipe ou pendant le réassort. Voici les dix erreurs les plus fréquentes, leurs suites et comment les empêcher avant l’impression et la mise en place.
Les erreurs de dénomination commerciale
Vendre un poisson d’élevage sous une mention de pêche
Le cas typique est le bar d’élevage Dicentrarchus labrax présenté comme « bar de ligne ». La mention « de ligne » renvoie à un engin de pêche alors que la loi distingue pêché en mer, pêché en eaux douces et élevé. Afficher un produit d’aquaculture comme pêché altère une caractéristique essentielle.
La confusion vient souvent d’un réassort qui reprend l’ardoise de la veille ou d’un copié-collé d’une fiche proche. Elle est immédiatement visible car la méthode de production fait partie des mentions clés du règlement n° 1379/2013, article 35.
Écrire une dénomination absente de la liste autorisée
La France fixe par arrêté la liste des dénominations commerciales autorisées espèce par espèce. Un « nom maison » ne remplace pas la dénomination officielle. Écrire « dos de cabillaud royal » au lieu de cabillaud Gadus morhua est un classique, tout comme l’abréviation qui supprime un qualificatif obligatoire.
La DGCCRF contrôle ce qui est exposé. Si la dénomination n’est pas sur la liste, l’étiquette est à refaire.
Confondre deux espèces proches sous le même nom courant
Un écueil fréquent est l’emploi d’un nom courant ambigu. Étiqueter « cabillaud » un lot de lieu noir Pollachius virens survient dans les relèves rapides. Afficher « daurade » sans préciser daurade royale Sparus aurata ou daurade grise Spondyliosoma cantharus ne respecte pas la liste, qui n’admet pas de générique.
Ces erreurs touchent la loyauté de l’information. Elles exposent à une requalification en pratique commerciale trompeuse si elles portent sur l’espèce ou l’origine au sens de l’article L. 121-2 du code de la consommation.
Les erreurs de zone de capture et d’engin de pêche
La zone affichée sans sa sous zone
Écrire « Atlantique Nord Est » seul, sans la sous zone FAO, reste le manquement le plus repéré. En France, la sous zone FAO est attendue pour l’Atlantique Nord Est. Cette précision figure sur le document d’accompagnement du mareyeur et doit se retrouver sur l’étiquette.
L’omission survient quand une ardoise est recopiée de mémoire ou qu’une sous zone présente sur la facture a été omise à la saisie. Le contrôle DGCCRF confronte l’étiquette et le document fournisseur, l’écart est objectif.
Un engin de pêche recopié d’une espèce à l’autre
Le « chalut » copié partout est un autre classique. Certaines espèces sont principalement chalutées, d’autres proviennent de palangre, de filets maillants ou, pour la coquille Saint-Jacques Pecten maximus, de drague ou de plongée. Un engin incohérent trahit une saisie d’habitude, non appuyée sur le document du mareyeur.
Le règlement n° 1379/2013, article 35, exige l’information sur la catégorie d’engin, à choisir dans une liste normalisée. L’erreur se détecte vite quand plusieurs espèces adjacentes affichent le même engin sans logique.
Pour revoir précisément l’étendue des mentions, y compris zone et engin, relisez Règlement 1379/2013: ce que l’étal doit afficher, et ce qu’il n’impose pas.
Les erreurs de méthode de production et de décongélation
La mention produit décongelé qui disparaît au réassort
La mention produit décongelé est obligatoire dès qu’un lot a été congelé puis décongelé avant la vente. Elle saute souvent lors d’un réassort de milieu de matinée: on bascule un lot décongelé à la place d’un lot frais, on conserve l’ardoise précédente, et la mention disparaît.
Ce glissement est facile à relever, surtout si l’étiquette imprimée mentionnait la décongélation et que l’ardoise manuscrite de remplacement ne l’a pas reprise. La simple présence d’un lot décongelé sans la mention est une non-conformité.
Le pays d’élevage manquant sur un produit d’aquaculture
Pour l’aquaculture, l’information porte aussi sur le pays d’élevage. Un saumon Atlantique Salmo salar élevé doit porter le pays d’élevage, pas une origine commerciale approximative. L’absence de pays contrevient au règlement n° 1379/2013, article 35.
L’oubli survient parce que la méthode de production a été cochée « élevé », mais la case pays d’élevage n’a pas été complétée ou imprimée, ou l’ardoise manuscrite a omis la ligne. Le contrôle s’appuie sur les mentions du fournisseur, qui indiquent le pays d’élevage.
Les erreurs de format et de tenue de l’étal
L’ardoise d’hier laissée sur un produit d’aujourd’hui
L’aléa d’exploitation typique: après une recoupe, on décale les bacs, l’ardoise ne suit pas, et la mention se retrouve devant la mauvaise espèce. Daurade grise Spondyliosoma cantharus et daurade royale Sparus aurata se croisent, et l’erreur est faite.
Le cas survient en fin de matinée, pendant les pics de flux ou après remise en glace. Corrigez par un pointage visuel en binôme à heure fixe et par l’archivage photo de l’étal à l’ouverture pour disposer d’une preuve d’affichage initial conforme.
Une étiquette illisible, effacée ou décalée d’un rang
L’humidité et la glace abîment les supports. Une ardoise humide devient illisible, une étiquette se tord, un prix glisse d’un rang. La lisibilité et la correspondance étiquette-lot sont contrôlées, ainsi que l’unité de mesure du prix au regard des usages de la DGCCRF.
Ces défauts sont prévisibles. Prévenez-les par des temps de contrôle courts en service, avec une check-list incluant l’unité de mesure, la proximité de l’étiquette et la présence de toutes les mentions.
- Après la première heure: vérification croisée des correspondances ardoise lot.
- Après tout réassort: contrôle des mentions sensibles, dont décongelé.
- Avant la pause méridienne: point lisibilité et prix à l’unité de mesure.
| Erreur | Pourquoi c’est un problème | Comment la prévenir |
|---|---|---|
| Bar élevé Dicentrarchus labrax affiché « de ligne » | Confusion sur la méthode de production, information essentielle | Saisie guidée qui impose pêche ou élevage avant l’impression |
| Lieu noir Pollachius virens écrit « cabillaud » | Mauvaise espèce, risque de pratique trompeuse | Référentiel espèces avec dénominations autorisées bloquantes |
| Atlantique Nord Est sans sous zone | Origine incomplète au regard des attentes françaises | Lecture systématique du document du mareyeur à la saisie |
| Engin de pêche copié sans cohérence | Mention fausse, contrôlable au document fournisseur | Liste normalisée des engins associée à chaque espèce |
| Mention décongelé absente au réassort | Obligation d’information non respectée | Interdiction d’imprimer sans case décongelé renseignée |
Ce que chaque erreur déclenche réellement
De l’observation orale au procès verbal
La plupart des contrôles démarrent par une observation orale et une demande de mise en conformité immédiate. L’agent consigne ce qu’il a vu, prend des photos et peut demander documents d’accompagnement et bons de livraison. Si l’écart est simple et corrigé, il note la non-conformité et la correction.
En cas de manquement répété, d’écart manifeste avec les documents, ou d’erreur sur l’espèce ou l’origine, l’échelle monte. Le procès verbal matérialise l’infraction, et le dossier peut être transmis pour suites. L’absence de preuve de l’affichage du matin prive le magasin d’un élément de défense.
Le basculement vers la pratique commerciale trompeuse
Quand l’erreur touche une caractéristique essentielle, l’analyse peut glisser vers la pratique commerciale trompeuse au sens de l’article L. 121-2 du code de la consommation. Une espèce étiquetée pour une autre, une origine ou une méthode erronée en sont des exemples.
La frontière n’est pas dans l’intention, elle est dans l’effet pour le client et la matérialité de l’affichage. D’où l’intérêt d’empêcher l’étiquette incomplète d’être imprimée, puis d’une photo horodatée de l’étal à l’ouverture, opposable en cas de contestation. Pour comprendre le déroulé d’un contrôle, relisez Un contrôle de la DGCCRF au rayon marée, heure par heure.
Rendre ces erreurs impossibles dès la saisie
Huit de ces dix erreurs se neutralisent avant l’impression si la saisie d’arrivage vérifie les combinaisons espèce, zone et sous zone FAO, engin, méthode de production, mention produit décongelé et pays d’élevage. Un référentiel officiel reliant dénominations autorisées, noms scientifiques et contraintes par espèce bloque l’approximation en refusant l’étiquette incomplète ou incohérente.
Le point critique reste l’appui sur le document d’accompagnement du mareyeur, seule source primaire à 5 heures du matin. Une saisie préalimentée par ce document évite la double frappe et révèle, avant l’ouverture, une incohérence fournisseur (sous zone manquante, engin inadapté). Voir aussi le mode opératoire proposé dans Composer les étiquettes d’étal à partir du document du mareyeur.
Une fois l’étiquette correcte imprimée ou l’ardoise manuscrite calée grâce au gabarit, ancrez la conformité dans la journée type. Une photo horodatée et scellée de l’étal à l’ouverture constitue la preuve d’affichage opposable, et l’archivage journalier par rayon permet l’audit interne mensuel. Pour déployer ces pratiques sur votre banc, examinez les formules Etal, Rayon et Criée de Mareyon.
En synthèse
Les dix erreurs qui coûtent au rayon marée naissent à trois moments: à la saisie d’arrivage, pendant le réassort et lors des remises en glace. Elles portent sur la dénomination commerciale autorisée et le nom scientifique, la zone et la sous zone FAO, l’engin de pêche, la méthode de production, la mention produit décongelé et, pour l’aquaculture, le pays d’élevage. Elles déclenchent des suites graduées, jusqu’à la qualification de pratique commerciale trompeuse si l’espèce ou l’origine sont affectées.
La parade consiste à bloquer l’étiquette incomplète avant impression, à s’appuyer sur le document du mareyeur et à documenter l’affichage par une photo horodatée. Pour cadrer vos mentions et vos priorités, un rappel utile se trouve dans Règlement 1379/2013: ce que l’étal doit afficher, et ce qu’il n’impose pas. Le reste relève de la discipline d’équipe et d’un outillage pensé pour votre banc.
Faites regarder votre étal avant la DGCCRF
Envoyez deux photographies de votre étal d’hier matin et la liste des espèces que vous exposez habituellement. Vous recevez en retour, mention par mention, ce qui manque et ce qui est mal formulé sur vos étiquettes.
La démonstration de Mareyon se fait sur votre propre arrivage, avec vos mareyeurs et vos formats d’étiquettes.
L’auteur
Jimenez Julien
Jimenez Julien a passé onze matinées de montage d’étal dans des rayons marée de supermarchés indépendants et des poissonneries artisanales avant d’écrire la première ligne de Mareyon. Il tient à jour le référentiel des dénominations commerciales autorisées et accompagne lui même chaque rayon lors de sa première semaine de saisie d’arrivage.
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